La France Insoumise

Quelles sont vos propositions pour que l’Union Européenne incite les États-membres à réduire efficacement leurs impacts socio-environnementaux et climatiques (pollution de l’air, l’eau et les sols, érosion de la biodiversité, impacts des industries et de notre consommation sur les populations etc…), en Europe comme dans le reste du monde ?

« Si l’Union européenne est contraignante sur les règles budgétaires, elle l’est beaucoup moins sur les règles environnementales et pour les grandes entreprises qui polluent. L’urgence écologique ne doit pas être opposée à l’urgence sociale en Europe : la justice sociale va de pair avec une justice fiscale et écologique. La précarité énergétique et le déréglement climatique touchent les plus pauvres en premiers. La règle verte européenne est une priorité pour la France insoumise : il ne faut pas prélever plus que notre écosystème ne peut supporter, pour ne pas aggraver la situation environnementale. Les règles budgétaires imposées par les technocrates européens ne permettent pas le changement radical attendu par les citoyennes et citoyens pour la planète : en l’absence de projets publics d’ampleur, et face à la mainmise de grands pollueurs dans le secteur privé, la transition écologique est une chimère. L’Union européenne n’est pas le pivot qu’elle devrait être : il faut revoir à la hausse les objectifs de réduction des émissions de CO2 adoptés lors de la COP 21 pour atteindre l’objectif de neutralité carbone en 2050, au minimum, la part d’énergie renouvelable à 45% et améliorer l’efficacité énergetique de 40% en 2030 au niveau européen. Le marché carbone mis en place par l’Union européenne est une vaste supercherie et nous souhaitons le remplacer par une taxe carbone aux frontières, sans dérogation, qui favoriserait les productions en cycle court. Plus les produits viennent de loin, plus ils doivent être taxés.

Il est indispensable de supprimer les subventions directes et indirectes accordées aux énergies fossiles, qui s’élèvent à près de 112 milliards par an, et de proposer un plan européen de sortie des énergies carbonnées mais aussi du nucléaire pour aller vers une énergie renouvelable à 100% en 2050. L’énergie doit devenir et rester un bien commun, la privatisation des moyens de productions (tels que les barrages) et des services publics retardent d’autant les projets de transition écologique. Pour cela, il faut un plan d’investissements publics conséquent que nous proposons d’engager sans délai : la sortie des traités est indispensable pour pouvoir investir dans la transition écologique. Les taxes sur le kérosène et le carbone devront être révisées ou créées. Des indicateurs de développement humains doivent venir concurrencer le critère du PIB dans l’évaluation des politiques publiques pour une écologie populaire.

Les multinationales doivent respecter notre environnement et être contraintes à le faire. Nous soutenons la création d’un tribunal international de justice climatique contre les écocides, les crimes écologiques, pour juger États et multinationales. Jusqu’ici ce sont des lanceurs d’alerte qui ont souvent attirés notre attention sur les risques que faisaient courir la recherche effrénée de profits et nous devons continuer à les soutenir comme nous le faisons dans les parlements européen et français. Le travail d’enquête sur les atteintes à l’environnement doit aussi être facilité par l’abrogation de la directive « secret des affaires ».

La biodiversité est en danger sur tout le continent, c’est pourquoi l’Union européenne doit adopter un plan de sauvegarde urgent des espèces, insectes, forêts. La Commission européenne tarde également à prendre des mesures importantes contre l’utilisation des plastiques notamment à usage unique, nous demandons la révision de la directive sur ce sujet. L’Union européenne devrait progresser vers plus d’égalité entre les territoires mais la situation des territoires d’outre-mer est mal prise en compte, alors que les investissements sociaux et écologiques manquent cruellement. Nous proposons un plan plan de rattrapage social et environnemental, d’investissement public et de planification écologique dans ces territoires et dans les territoires en difficultés pour que la transition écologique permettrait à tous de mieux vivre. »

a) Quels sont les intrants chimiques (pesticides, herbicides, engrais…) à interdire ou encourager selon vous et par quels moyens ?

« L’Union européenne n’est absolument pas à la hauteur concernant les produits et molécules chimiques qui ont des répercussions graves sur l’environnement et la santé humaine. La législation doit devenir beaucoup plus contraignante. L’interdiction doit être totale pour les perturbateurs endocriniens par une définition stricte et des sanctions dissuasives. La révision des règlements et directives sur les substances chimiques est indispensable pour sortir de l’utilisation trop massive de pesticides, des engrais de synthèse, des néonicotinoïdes et d’OGM. L’Europe doit être un espace de protection de la biodiversité et de la santé des citoyens et agriculteurs : nous proposons l’interdiction européenne du glyphosate, que nous soutenons déjà à l’Assemblée nationale en France et un plan de sortie des pesticides. Si l’Union européenne n’a pas le courage d’appliquer ces mesures indispensables, chaque Etat doit pouvoir les appliquer unilatéralement y compris interdisant l’importation de certains produits en provenance d’autres pays européens. »

b) Êtes-vous favorable au maintien d’une Politique Agricole Commune au niveau européen ? Quels mécanismes de redistribution des aides entre les différents types de fermes ou d’agriculteurs souhaitez-vous privilégier ?

« La Politique Agricole Commune doit être radicalement refondée dans son esprit et ses applications. La PAC actuelle ne permet plus une régulation efficace et nous devons planifier la transition écologique de notre agriculture. Elle doit être au service des agriculteurs, de l’intérêt général et non des marchés. Le montant de la PAC doit être maintenu, garanti, et nous proposons d’ajouter un volet « alimentation de qualité ». La souveraineté alimentaire est une question centrale des subventions agricoles, loin du modèle actuel d’agro-business tourné vers l’export hors de l’Union Européenne au détriment de la protection des productions agricoles européennes de qualité (labels, appellations d’origine protégées non-reconnues par les accords de libre-échange).

L’agriculture écologique et paysanne est un des piliers de la transition écologiques et la PAC doit jouer son rôle dans cette réorientation : transfert massif des subventions de la PAC vers les petites exploitations et l’agriculture biologique, plafonnement des aides pour les grosses exploitations, renforcement des aides à la conversion vers l’agriculture bio. Les agriculteurs sont les premiers touchés par la concurrence et l’intensification toujours plus grande de la poductivité. Pour les protéger, pour une alimentation de qualité, nous souhaitons garantir des prix rémunérateurs aux paysans, notamment par la promotion des circuits courts, l’encadrement des marges des transformateurs et distributeurs et la fin du dumping qui tire les prix et les revenus vers le bas. La PAC doit protéger le marché européen avec un prix minimum d’entrée des denrées. Pour réduire significativement la part de l’alimentation carnée en Europe, nous renforcerons les subventions aux cultures végétales destinées à l’alimentation humaine.

Notre production agricole doit sortir des règles de concurrence et de spéculation pour permettre aux agriculteurs de vivre décemment tout en préservant la qualité de la terre et une alimentation saine. »

c) Comment concevez-vous la cohérence des politiques entre l’interdiction de culture des OGM sur le territoire français et l’importation massive de produits issus des cultures OGM dans le même temps ? Quels outils mettre en place ?

« Nous devons être extrêmement fermes sur les OGM, sur leur importation comme sur leur culture au sein de l’Union européenne. Les traités de libre-échange laissent planer le doute sur l’étiquetage des OGM, potentiellement cachés, et nous souhaitons nous opposer à ces traités qui ouvrent notre alimentation et notre agriculture à une déréglementation sauvage. En France, il faut maintenir l’interdiction des cultures et de l’expérimentation OGM et défendre sur tout le continent la non-brevetabilité du vivant. L’importation massive de soja transgénique pour l’alimentation animale est le résultat de la mise en concurrence et de l’ouverture sans borne du marché alimentaire, que nous combattons. En Europe, il faut se battre pour l’interdiction des importations d’OGM, et permettre aux Etats de prendre unilatéralement ces mesures si elles ne sont pas prises collectivement. »

a) Quels facteurs environnementaux ou sociaux devraient être pris en compte dans l’attribution des aides au développement des territoires ?  Souhaitez-vous que les orientations politiques en termes d’aménagement du territoire fixées par l’Union Européenne deviennent davantage contraignantes ?

« La planification écologique doit présider à l’aménagement du territoire européen. Les réseaux et la production énergiques doivent être systématiquement pris en compte. C’est une clef du développement de modes de transports collectifs, de la préservation des biens communs et de la sauvegarde l’environnement. Nous défendons un aménagement écologique et social du territoire et cela doit devenir une priorité pour les investissements territoriaux de l’Union européenne. Le refus de la métropolisation, l’amélioration des conditions de vie, d’activité et d’accès aux services publics dans les zones rurales et les quartiers populaires, la lutte contre l’imperméabilisation des sols par l’urbanisation et leur appauvrissement par les pratiques agricoles destructrices sont des objectifs qui accordent développement des territoires et transition écologique. Il faut protéger les sols de l’artificialisation, en France, cela concerne chaque année 60 000 hectares de terre. Nous  souhaitons une une directive-cadre sur les sols européens, afin de les préserver et soutenons à ce titre la revendication de la campagne People4Soil. »

b) Souhaitez-vous que l’Union Européenne mette en place une politique active dans la création d’autoroutes ferroviaires ?

« La mise en concurrence globale des services publics de transports choisie par la Commission est une très mauvaise solution pour le développement du train et du fret. Au contraire, nous voulons élaborer un plan de recours obligatoire au transport ferroviaire de fret sur longue distance et plus généralement de report modal vers les modes moins polluant, pour réduire le transport routier de marchandises.

L’Union européenne doit encourager le transport de fret par voie ferrée, en particulier grâce au développement du transport combiné rail-route et du ferroutage. En France, par exemple, il serait plus judicieux d’adopter le ferroutage, c’est-à-dire de mettre les camions sur des trains, afin que tous les camions traversant notre pays entre la frontière belge et la frontière espagnole passent sur des trains. »

c) Est-t-il pertinent de développer les transports électriques ? Si oui, par quels moyens ?

« Les transports alternatifs au tout-routier sont indispensables à la transtion urgente dont nous avons besoin et le réseau électrique est important à ce titre, notamment en France. L’ouverture à la concurrence et la privatisation des services publics, voulues par la Commission européenne, freinent cette stratégie de développement. Il faut abroger les paquets ferroviaires et énergie et garantir la maîtrise publique des activités d’intérêt général et de souveraineté. Le maintien des monopoles publics comme la SNCF et l’attribution de la gestion de services publics sans mise en concurrence sont indispensables. Cette mise en concurrence a conduit à la fin du fret ferroviaire en France, remplaçant les trains de marchandises par des milliers de camions. Le dernier train reliant Perpignan à Rungis et transportant une importante production maraichère est d’ailleurs menacé de disparition au profit des transporteurs routiers, bien plus polluants. »

a) Pensez-vous que l’objectif de 32 % pour la part d’énergie renouvelable dans la consommation énergétique européenne en 2030 est (une réponse possible) :

 Trop élevé
 Adéquat
Insuffisant

b) Que proposez-vous pour que l’Union Européenne atteigne cet objectif, ou celui que vous souhaitez fixer ? Quelles énergies renouvelables faut-il favoriser ?

« Pour faire face à l’urgence climatique, l’énergie en Europe doit être à 100% renouvelable d’ici 2050, avec un objectif à 45% en 2030. L’énergie est notre bien commun en même temps qu’un besoin fondamental. Si la moyenne européenne se situe autour de 29% d’énergies renouvelables, les disparités sont très grandes avec  19% en France mais 72% en Autriche et 7% en Hongrie. L’Union européenne doit permettre un développement concerté des pays.

L’Europe doit pouvoir produire son énergie elle-même afin d’être souveraine dans ce domaine, sans être soumise à des aléas extérieurs. Les subventions ne doivent plus servir à financer l’utilisation, la recherche ou l’extraction d’énergies fossiles : elles seront réorientées dans la formation de professionnels dans le secteur des énergies renouvelables. Le nucléaire est une énergie dépassée et nous souhaitons la dissolution d’Euratom qui promeut cette énergie aux frais du contribuable européen et un moratoire sur toute nouvelle construction de centrale en Europe. Nous devons investir dans l’innovation et la recherche énergétique pour développer un meilleur stockage et une meilleure production renouvelable : dans cette optique, nous souhaitons un Institut public européen de recherches sur la transition. Le développement et l’implantation de sites de productions d’énergies renouvelables doivent être concertés dans le cadre plus large de la planification écologique. »

c) Quelles mesures proposez-vous en termes de sobriété et d’efficacité énergétique ?

« L’énergie la moins polluante est celle qui n’est pas consommée, ainsi l’efficacité et la sobriété énergétique sont un enjeu premier. Les gisements d’économie d’énergie sont importants : relocalisation de l’économie pour éviter les coûts de transport, développement du transport collectif, la rénovation des bâtiments. Il est possible d’arriver à une baisse de 65 % de la consommation d’ici 2050 sans perte de service ou de qualité. Pour atteindre ces objectifs ambitieux, les travaux devront être pris en charge par la puissance publique et l’Europe doit prendre sa part dans ces investissements, notamment pour l’isolation thermique des bâtiments. Des formes de mobilités plus douces doivent être encouragées et les services publics de transports collectifs ne doivent pas être mis en concurrence afin d’apporter des solutions à tous les citoyens. »

d) Soutiendrez-vous des mesures visant à limiter l’impact socio-environnemental et climatique des carburants importés et consommés dans l’Union européenne (sables bitumeux, GNL, agrocarburants tels que l’huile de palme…) ? Si oui, lesquelles ?

« Nous soutenons des mesures qui iront dans le sens de la fin de l’utilisation des carburants polluants, aussi bien par leur consommation que par leur extraction. Il faut immédiatement cesser tout dispositif d’aides aux énergies fossiles, direct ou indirect. Notre fiscalité carbone et sur le kérosène doit être révisée. Il faut interdire l’exploitation du gaz de schiste et du pétrole de schiste et de houille. Les accords de libre-échange sont un vecteur pour l’importation de ces carburants, et doivent à ce titre être combattus. »

a) Souhaitez-vous que l’Union européenne impose des normes ambitieuses de réparabilité, de réincorporation des matériaux recyclés et d’approvisionnement responsables sur les produits et logiciels ?

« Les entreprises notamment multionationales ont mis en place un système qui incite au consumérisme : l’obsolescence programmée. La Commission doit mettre en place une réglementation interdisant strictement cette pratique. Il est urgent de construire une Europe « zéro déchet » par la réduction des déchets à la source et le soutien à l’économie circulaire avec recyclage, consigne ou compostage obligatoire et lutte contre le suremballage . Dans cette optique, les normes de réparabilité et de réincorporation de matériaux recyclés doivent être renforcées. Quant à l’approvisionnement responsable, il est indispensable d’avoir un contrôle des méthodes d’extraction et les filières d’approvisionnement de tous types de matériaux, du bois exotique aux terres rares. Là encore, il faut planifier des taux croissants de réemploi des pièces détachées et de recyclabilité, notamment des batteries, et favoriser l’usage de produits entièrement recyclables. »

b) Êtes-vous en faveur de l’adoption d’objectifs de réduction (absolue) de la production et de l’importation d’objets du quotidien (textile, électronique, etc.), en particulier de produits particulièrement polluants ?

« La surproduction d’objets du quotidien est un vrai enjeu : il faut moins produire et mieux, au plus près du consommateur pour réduire conséquemment l’importation des produits d’usage courant.

La perte de savoir-faire ancien au sein de l’Union européenne et la délocalisation de la production est le fruit de la dérégulation massive depuis trente ans. On estime que 40% des émissions françaises de CO2 sont délocalisées, c’est-à-dire produites dans un autre pays mais pour notre consomation quotidienne. La production textile, par exemple, a fait l’objet d’une délocalisation massive, soumise à une concurrence étrangère trop forte.

Pour conserver une capacité de production locale, le protectionnisme solidaire est la solution. Sans rien hypothéquer de la solidarité avec les pays et peuples dans et en dehors de l’Union européenne, nous devons instaurer une taxe carbone importante et surtaxer les importations en provenance de pays ne respectant pas les conventions de l’Organisation Internationale du Travail ou avec des salaires trop bas. »

a) Quelles propositions souhaitez-vous porter au Parlement Européen pour inciter les entreprises à être plus responsables, en particulier sur leur impact environnemental ?

« Les multinationales sont plus intéressées par leurs profits que par la sauvegarde de la planète. Le scandale des trois millions d’invendus détruits par Amazon est un exemple parmi beaucoup d’autres. Il faut imposer aux multinationales européennes de respecter le droit européen en matière environnementale pour leurs activités hors de l’UE et interdire aux multinationales opérant en Europe d’être liées à des processus d’accaparement de terres agricoles, de déforestation ou d’exploitation des travailleurs. La publicité lumineuse doit être mieux encadrée au niveau européen et les entreprises doivent être mise à contribution dans le cadre de la réduction des déchets en limitant drastiquement le suremballage et les plastiques non recyclables. Les entreprises doivent également être au cœur de la planification de réduction de consommation d’énergies en bénéficiant d’innovations afin de garantir leur sobriété énergétique. Nous soutenons par ailleurs la création d’un tribunal international de justice climatique contre les écocides, les crimes écologiques, pour juger les multinationales. »

b) Souhaitez-vous porter l’adoption au niveau européen d’une norme contraignante sur le respect des droits humains et de l’environnement par les multinationales tout au long de leur chaîne de valeur (filiales, sous-traitants, fournisseurs) ? Soutenez-vous le projet de traité sur les multinationales et les droits humains actuellement négocié à l’ONU ?

« Il est indispensable de prendre en compte le respect des droits humains et environnementaux dans la production alors que l’Union européenne est peu encourageante sur cette proposition, pourtant soutenue par la société civile. Le respect de législation relatif aux conditions de travail est également très important. Le dumping social doit cesser entre les pays à l’intérieur même de l’Union et avec les pays extérieurs, dans cette course effrénée aux plus bas coûts. Nous nous engageons à soutenir activement la démarche initiée par l’ONU pour un traité international sur les multinationales et les droits humains. Cela s’inscrit dans notre combat contre les traités de commerces internationaux qui sacralisent les privilèges des multinationales et les mécanismes de règlements via les tribunaux d’arbitrage privés. Le respect des droits européens en matière sociale et environnementale doit être la norme pour les multinationales européennes partout dans le monde. Il faut également interdire aux multinationales opérant en Europe d’être liées à des processus menaçant notre environnement ou les droits sociaux. Des entreprises françaises se rendent par exemple coupables de pratiques proches de l’esclavage sur des chantiers de constructions dans le monde entier mais n’en rendent aucun compte en Europe : cela doit changer ! »

c) Pensez-vous que les accords de libre-échange et les tribunaux d’arbitrages (mécanisme de résolution des différends Investisseurs-Etats prévu dans les accords de libre-échange) soient bénéfiques à l’environnement ?

« Les accords de libre-échange aggravent les crises sociale et écologique. Ce que certains gagnent en part de marché, la société entière le perd ailleurs – en droits sociaux, en délocalisation, en catastrophe écologique. Nous refusons tout nouveau traité de libre-échange et évidemment les tribunaux d’arbitrage qui privatisent la justice tout en contraignant les politiques publiques sur des prises de décisions stratégiques. Nous nous sommes d’ailleurs engagés au Parlement européen et en France sur ce sujet.

La réalité des tribunaux d’arbitrage d’investissement, c’est par exemple Veolia qui gagne un procès contre l’Etat égyptien lorsqu’il décide une augmentation des salaires de 31 euros. Au nom de la protection des profits des multinationales, les dirigeants des pays ayant signés les accords ne sont plus libres de leurs décisions. L’Allemagne est poursuivie pour avoir décidé de sortir du nucléaire par un groupe suédois. Les décisions liées à la planification écologique sont ainsi susceptibles d’être mises en cause par ces tribunaux qui s’intéressent exclusivement à la protection des intérêts économiques des multinationales et non à l’environnement. »

a) Quelles sont d’après vous les solutions les plus efficaces pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre au niveau européen (classez de 1 : meilleure solution, à 5 : pire solution) ?
1 Normes et réglementation
3 Taxes
5 Marchés de droits à polluer
1 Subventions et investissement public
4 Incitations aux changements des habitudes des particuliers et entreprises
b) Précisez pourquoi. « C’est à la puissance publique de faire changer les choses. Sauver la planète et le climat passe par un effet conjoint d’investissements importants pour développer les énergies renouvelables, de recherche dans le domaine énergétique et climatique ou encore d’évolution des moyens de transports individuels et collectifs. Les normes doivent être plus contraignantes et impératives pour changer significativement les pratiques. La culpabilisation des citoyens n’est pas une politique pertinente, alors que cent entreprises dans le monde sont responsables à elles seules de plus de 70% des émissions mondiales de carbone. La taxe carbone est un outil, paralèlement, indispensable pour changer les modes de production, de consommation et d’importations. En Europe, les droits à polluer sont une arnaque : ils ouvrent un marché spéculatif sur les quotas carbones et permettent à des multinationales de racheter ces « droits », préférant payer plutôt que protéger l’environnement. Il faut taxer directement les plus gros pollueurs qui sont notamment les usines à charbon en Europe. » c) Quelles sont vos propositions concernant les subventions publiques aux énergies fossiles et leur fiscalité ? « L’Union européenne ne doit plus subventionner les énergies fossiles. La Banque Centrale Européenne rachète beaucoup trop de dettes privées d’entreprises très polluantes, dans le secteur des énergies fossiles, de l’automobile notamment alors que les obligations vertes ne représentent que 7% de son portefeuille d’actions. Cela doit changer. Par ailleurs, le kérosène doit être taxé. Ryanair est la dixième entreprise qui pollue le plus en Europe et toutes les grandes compagnies aériennes sont dans le top cent mondial des entreprises les plus polluantes. » d) Quelle est votre position concernant le Pacte Finance-Climat dont le but est de créer une banque européenne du climat et de la biodiversité ainsi qu’un fonds européen climat et biodiversité ? « Le Pacte Finance-Climat résume la lutte contre le réchauffement climatique à la création d’une banque du climat sans remettre en cause profondément le système de production et d’échange, responsable du dérèglement climatique. Le pacte, s’il est une réflexion et une prise de conscience menées par des climatologues au travail reconnu, est trop peu précis dans sa mise en œuvre à ce stade. Il a ainsi été signé par des élus de la majorité LREM-MODEM en France, qui ne se mobilisent pas pour le climat et la biodiversité, ni au niveau national, ni au niveau européen. Prenons un autre exemple : Pascal Lamy, l’ancien directeur de l’OMC, soutient cette initiative alors que, dans le même temps, il promeut le libre-échange comme un élément capital de développement européen et mondial. La solution n’est pas d’ajouter des milliards d’euros pour les énergies renouvelables à côté de ceux investis dans les énergies fossiles ou le nucléaire. Il faut simultanément sortir des énergies fossiles et du nucléaire en arrêtant leur financement et en le redirigeant vers les politiques d’économies d’énergie et d’énergies renouvelables. Cumulés les « investissements verts » aux « investissements bruns » est incohérent. Les deux leviers de financement envisagés pour cette banque semblent par ailleurs inopérants en l’état des traités européens. D’une part, la BCE est indépendante et ne vise principalement que la stabilité des prix, ce qui place le financement d’une Banque pour le climat hors de son mandat. D’autre part, l’unanimité nécessaire pour adopter des normes fiscales au niveau européen empêche la mise en place d’un impôt de 5% sur les bénéfices des sociétés. Une initiative par quelques Etats les exposerait à plus d’évasion fiscale. L’impossibilité de mettre en oeuvre la planification écologique urgente dans le cadre des traités européens n’est pas évoquée. Aujourd’hui les 0,5% les plus riches au niveau mondial émettent à eux seuls 13% des émissions de CO2. Proposer des solutions sans prendre en compte cette donnée semble être illusoire. Nous lions à chaque étape justice sociale et environnementale. »

a) Souhaitez-vous limiter l’influence des lobbys sur les institutions européennes ? Si oui, quelles mesures proposez-vous ?

« Il est impératif de dégager les lobbys privés des institutions européennes. Un registre des lobbys et lobbyistes et de tous les rendez-vous des députés, commissaires ou fonctionnaires européens avec eux doit être obligatoire et public. L’activité de lobbying doit, en plus, être interdite pour les entreprises condamnées pour des faits de corruption, de prise illégale d’intérêts, de trafic d’influence, et de fraude fiscale. Les cadeaux aux parlementaires ou commissaires européens doivent être totalement proscrits. Il est également important que les débats européens, au sein du Conseil européen et de l’Eurogroup, soient publics et transparents pour empêcher tout arrangement et toute intervention privée dans les décisions prises au parlement ou au sein de la Commission. »

b) Êtes-vous favorable à un renforcement des dispositions en matière de contrôle et limitation des conflits d’intérêts et de lutte contre le « pantouflage » (afin d’empêcher les décideurs publics d’être influencés par la perspective de poursuivre leur carrière dans le secteur privé après la fin de leur mandat) ?

« Les conflits d’intérêts sont très nombreux à Bruxelles, en témoigne le nombre de commissaires, fonctionnaires, voire de président de la Commission, qui partent travailler pour de grandes multinationales ou banques d’affaires. L’exemple de Manuel Barroso se reconvertissant chez Goldman Sachs est à ce titre choquant. Nous proposons d’interdire à tout dirigeant ou fonctionnaire européen de servir les intérêts des banques ou des multinationales pendant dix ans après ses fonctions publiques. Par ailleurs, nos candidats signent une charte qui encadrent strictement leur potentiel mandat européen : non-cumul des mandats, signature de la charte d’Anticor, transparence de leur activité durant leur mandat et dénonciation de tentative de corruption ou de cadeau venant de lobbys, etc. »