Lutte Ouvrière

Quelles sont vos propositions pour que l’Union Européenne incite les États-membres à réduire efficacement leurs impacts socio-environnementaux et climatiques (pollution de l’air, l’eau et les sols, érosion de la biodiversité, impacts des industries et de notre consommation sur les populations etc…), en Europe comme dans le reste du monde ?

« D’une façon globale, mais n’est-ce pas la seule manière d’envisager les choses en réalité, notamment du point de vue environnemental qui ignore les frontières, le monnaies nationales et les langues, je ne fais aucune confiance aux dirigeants des différents États de l’Union européenne comme à ceux des institutions européennes pour « réduire efficacement », et surtout dans un sens favorable aux populations, leurs nuisances sur l’environnement. Ni en Europe, ni, a fortiori, « dans le reste du monde ».

Comment cette Europe, qui a été conçue dès l’origine comme un cadre permettant aux grands groupes d’étendre leur influence, leurs parts de marchés et leurs profits pourrait-elle être le levier d’une telle politique ?

Comment les dirigeants des grandes puissances de cette même Union européenne, c’est-à-dire en particulier ceux de la France, de l’Allemagne, et jusqu’au récent Brexit, du Royaume-Uni, complices des agissements de leurs multinationales en Europe comme sur tous les continents, mais aussi responsables des guerres qui les ensanglantent et de la barbarie qui se répand, pourraient devenir les garants d’une économie plus « responsable » ou « raisonnable » du point de vue environnemental ?

Je ne distingue en effet pas les deux aspects du problème. Pour la militante communiste révolutionnaire que je suis, en finir avec la destruction de l’environnement, les menaces sur la biodiversité comme celles liées au réchauffement climatique nécessite d’en finir avec le système capitaliste basé sur le profit, sur une production anarchique laissée aux bons vouloir des industriels et des financiers.

Dans cette campagne, je souhaite démontrer que même pour avoir le droit à un travail, à un salaire, à un logement ou une éducation décents, il faudra mener une lutte collective puissante dont l’objectif fondamental ne peut-être que l’expropriation du grand capital. Et ce, bien au-delà du cadre national. Cela vaut évidemment tout autant dans le domaine environnemental.

Je refuse par ailleurs de mettre sur le même plan la pollution liée aux activités industrielles et tous les dégâts faits par cette économie aux mains d’un grand capital irresponsable et les comportements individuels (mode de transport, consommation, etc.) très largement contraints par l’organisation même de la société et, surtout, par le niveau de vie et les conditions d’existence auxquels sont réduits des dizaines de millions de travailleurs, de chômeurs, de retraités, de petits artisans, paysans et commerçants, de handicapés sur le continent.

Il n’en demeure pas moins cependant que je ne m’opposerais pas si j’étais élue, ainsi que mes camarades, à des mesures qui pourraient limiter cette toute puissance des capitalistes et être des points d’appui pour la lutte plus générale à laquelle j’aspire. »

a) Quels sont les intrants chimiques (pesticides, herbicides, engrais…) à interdire ou encourager selon vous et par quels moyens ?

« Il ne m’appartient pas d’établir une telle liste a priori car son contenu dépend des données scientifiques et du contrôle que les chercheurs, les utilisateurs comme les consommateurs pourront exercer sur l’utilisation de tels « intrants ». Je n’ai pas de position générale contre la « chimie » dans l’agriculture. Ce serait nier l’apport considérable que les engrais chimiques ont apporté dans le passé pour la sortir de son arriération et permettre d’en finir avec les disettes et les famines qui faisaient des ravages en Europe même. Un engrais « naturel » comme le fumier peut d’ailleurs provoquer des nuisances non négligeables pour les populations et reposent sur l’action d’agents « chimiques » puissants. Le très « naturel » guano a été au 19e siècle à la base d’un pillage en règle des ressources d’une partie de l’Amérique latine, mais aussi une source d’enrichissement et de spéculation parfaitement nuisible. La question de fonds est celle de l’usage qu’en font les capitalistes de l’agro-business, la course aux rendements, la menace sur les sols que leur sur-utilisation entraîne.

Je ne peux cependant que réclamer avec certains paysans, qui en sont bien souvent les premières victimes – comme le rappellent les procès intentés depuis quelques années à Monsanto – l’interdiction de tous les produits dont la nocivité a été prouvée. Il faudrait également interdire la mise sur le marché de tout produit sur l’usage duquel le moindre doute subsiste, en d’autres termes inverser la charge de la preuve. Cela ne pourra véritablement être efficace que si la recherche sur ces questions est publique, indépendante des industriels et des lobbies agricoles et chimiques, c’est-à-dire placée sous le contrôle et la vigilance de la population et des associations qui la représentent. Cela signifie imposer la transparence la plus grande, sans s’arrêter devant le secret des affaires, du commerce ou de la finance. »

b) Êtes-vous favorable au maintien d’une Politique Agricole Commune au niveau européen ? Quels mécanismes de redistribution des aides entre les différents types de fermes ou d’agriculteurs souhaitez-vous privilégier ?

« La Politique Agricole Commune a jusqu’à une période très récente servi avant tout de pompe à finance pour l’agro-business et n’a en rien protégé les petits paysans, victimes d’un système de plus en plus dément où la grande majorité des producteurs arrivent à peine à vivre de leur travail, où les surplus sont régulièrement détruits pour tenter de faire remonter les cours et où les géants de la grande distribution imposent leur diktat. Je ne milite pas pour une autre PAC, mais pour arracher le pouvoir aux banques, qui tiennent les éleveurs, les cultivateurs ou maraîchers sous leur coupe, ainsi qu’aux industriels de la viande, des céréales ou du lait.

L’exemple du groupe Lactalis illustre dans ce domaine un fonctionnement qui est général dans l’économie capitaliste : formation d’un quasi monopole, enrichissement éhonté des principaux actionnaires sur le dos des producteurs, opacité totale des comptes et du fonctionnement des activités industrielles elles-mêmes. Il n’y a pas de solution propre à l’agriculture, mais une réorganisation de fond en comble de l’ordre social à opérer. Il n’y aura en d’autres termes pas d’agriculture respectueuse de ses paysans, de l’environnement, comme des animaux eux-mêmes, que libérée du poids de la finance, de la recherche du profit et de la propriété privée des grands moyens de production. »

c) Comment concevez-vous la cohérence des politiques entre l’interdiction de culture des OGM sur le territoire français et l’importation massive de produits issus des cultures OGM dans le même temps ? Quels outils mettre en place ?

« L’incohérence que vous soulignez reflète tout simplement à mon sens le double langage des dirigeants et leur hypocrisie. Ils parlent d’un côté aux opinions publiques, méfiantes et soucieuses des questions de santé et d’alimentation, et ils agissent d’un autre côté en laissant agir en grande partie à leur guise les capitalistes du secteur, sans vouloir imposer quoi que se soit de contraignant si leurs profits s’en trouvent écornés. Et cela vaut pour la question des OGM comme pour toutes les autres.

Bien des mesures adoptées sur le plan national n’ont par ailleurs pas eu d’autres objectifs que de favoriser les producteurs nationaux au détriment de leurs concurrents, l’État étant au service de ses propres capitalistes, dans le domaine agricole comme dans les autres secteurs. Et tout particulièrement en ce qui concerne les OGM dont l’interdiction a été avant tout un bouclier contre certaines productions américaines.

Concernant les OGM en tant que tels, je suis pour que le principe de précaution s’applique et que la mise sur le marché soit refusée à tout produit dont l’innocuité n’a pas été démontrée. Mais je suis par ailleurs pour que la recherche publique continue à s’emparer de ce domaine de recherche en imposant la transparence sur ces questions, de façon à la société de choisir à l’avenir librement de la possibilité ou non d’en développer certaines potentialités. »

a) Quels facteurs environnementaux ou sociaux devraient être pris en compte dans l’attribution des aides au développement des territoires ?  Souhaitez-vous que les orientations politiques en termes d’aménagement du territoire fixées par l’Union Européenne deviennent davantage contraignantes ?

« Avec un budget dérisoire, la politique d’aide ou d’aménagement des territoires ne peut avoir que des effets imperceptibles. Le sous-développement de certaines régions est le fruit d’un développement inégal de longue date et d’un pillage en règle par les plus grandes puissances et leurs entreprises. La Grèce, le Portugal ou l’Espagne ont en outre été ramenés des décennies en arrière depuis la crise. Quant aux pays d’Europe centrale, les salaires y demeurent encore plus faibles, les équipements de santé insuffisants et sous-dotés. La politique d’austérité mise en place dans les pays les plus riches ont ramené la condition ouvrière vers la précarité et la misère.

Parler de politique d’aménagement des territoires et de développement dans ce contexte sonne presque comme une provocation. Il n’y a qu’à voir avec l’exemple dramatique de Gênes ce qu’il advient des infrastructures essentielles à l’activité économique et à la vie des populations lorsqu’elles sont laissées aux mains des capitalistes du BTP et aux financiers ! La crise n’a fait qu’accélérer le dépérissement de territoires entiers, notamment zone rurale ou périurbaine, à l’exemple d’une partie de l’Auvergne où des villes et villages se vident faute de travail, d’écoles, d’hôpitaux, de moyens de transports publics accessibles. Ce phénomène accentue les problèmes de circulation et de logement dans les villes.

Pour réorganiser tout cela, il faudra bien davantage qu’une politique d’aménagement, surtout quand elle est décidée par ceux-là mêmes qui sont responsables du recul des conditions d’existence de la grande masse de la population. Il faudra en réalité prendre en main le fonctionnement même de l’économie, c’est-à-dire exproprier les grands groupes capitalistes et les banques, les placer sous le contrôle permanent et démocratique de la population. Ce n’est qu’ainsi que celle-ci pourra discuter des meilleurs choix à effectuer, des investissements et de toutes les mesures qui pourront inverser l’évolution actuelle. »

b) Souhaitez-vous que l’Union Européenne mette en place une politique active dans la création d’autoroutes ferroviaires ?

« Je suis favorable à l’essor du transport ferroviaire, pour les personnes comme pour les marchandises. Mais, là encore, il ne suffira pas d’adopter telle ou telle disposition. La situation actuelle des transports, où domine très majoritairement le transport routier, avec ses conséquences et ses coûts en termes d’environnement, d’accidents, d’entretien et de santé publique est en effet le produit de toute une politique du grand patronat relayée par l’ensemble des gouvernements. Pour diminuer leurs coûts, les industriels ont réussi à imposer que leurs stocks soient en quelque sorte transférés sur les routes et les autoroutes. Il n’était pas question pour eux d’investir et encore moins de se soucier des conséquences environnementales de cette politique. Les travailleurs du rail, comme toute la population en payent aujourd’hui le prix fort. Et ce avec la complicité des pouvoirs publics qui, à l’instar de ce qui s’est passé en France, ont taillé dans les budgets et les effectifs de la Sncf et organisé eux-mêmes la concurrence au ferroutage en devenant les premiers transporteurs routiers du pays ! C’est donc à l’ensemble du patronat que de telles mesures pourraient être imposées. Et seuls les travailleurs de l’Union européenne en ont la force. »

c) Est-t-il pertinent de développer les transports électriques ? Si oui, par quels moyens ?

« Si, par « transports électriques », on entend également le train, c’est une évidence pour lutter contre la population du transport routier, mais tout simplement aussi pour faciliter la vie des gens, celle des travailleurs qui doivent circuler tous les jours, et même parfois la nuit, comme celle de la population dans son ensemble. Le moins que l’on puisse dire est que ce n’est pas direction choisie depuis des décennies. Il en va de même des réseaux de métro ou de tramways dans les villes qui avaient été abandonnés au profit de l’automobile et du transport par car. Mais pour que ces moyens apportent réellement des solutions durables, il faut que leur construction, leur fonctionnement échappent au diktat du profit, et soient pris en charge directement par l’État sous le contrôle des travailleurs. Il faut aussi que la gratuité soit imposée pour en rendre l’accès possible à tous. Une grande partie de la charge pourra être imputée aux grands groupes capitalistes qui n’assurent qu’une partie infime de ces frais de transport.

Verrons-nous à court terme une énergie véritablement « propre », je l’ignore. Mais sous la domination des capitalistes, rien ne peut en vérité l’être. Libérée de cette économie injuste et de cette classe bourgeoise rapace qui précipitent l’humanité dans le chaos et vers une catastrophe écologique certaine si ce n’est déjà présente, l’humanité saura trouver, j’en suis convaincue les moyens techniques et les scientifiques pour assurer l’avenir des générations futures. »

a) Pensez-vous que l’objectif de 32 % pour la part d’énergie renouvelable dans la consommation énergétique européenne en 2030 est (une réponse possible) :

 Trop élevé
 Adéquat
Insuffisant

b) Que proposez-vous pour que l’Union Européenne atteigne cet objectif, ou celui que vous souhaitez fixer ? Quelles énergies renouvelables faut-il favoriser ?

« Ma réponse rejoint partiellement celle donnée pour le recours aux « transports électriques » car il est en grande partie impossible de dire aujourd’hui ce que pourraient être les solutions techniques à notre disposition dans les années ou les décennies qui viennent. Il est en fait à craindre que les capitalistes n’investissant que très modérément dans les secteurs où les profits restent insuffisants ou hasardeux à leurs yeux, de telles solutions risquent d’être attendues encore longtemps. Seule la recherche publique, débarrassée de tels impératifs pourraient certainement ouvrir de nouvelles voies. Mais à condition d’investir massivement en amont dans l’Éducation, de créer les postes qui manquent dans les universités et dans les laboratoires publics. C’est l’inverse qui est fait depuis des années sous les coups de la crise et des politiques d’austérité. Une orientation massive vers les énergies renouvelables du futur devra aussi se faire avec la participation et sous le contrôle des populations mieux à même d’apprécier les conséquences environnementales concrètes de telle ou telle option. »

c) Quelles mesures proposez-vous en termes de sobriété et d’efficacité énergétique ?

« Aucune s’il s’agit d’imposer aux travailleurs, aux retraités et à la population en générale de se serrer davantage encore la ceinture. La solution n’est pas de produire moins ou plus, elle réside dans le fait de satisfaire les besoins de l’humanité, ce dont les capitalistes sont de plus en plus incapables. Même se déplacer en voiture, se chauffer est redevenu un luxe pour des millions de personnes. Et il faudrait leur parler de sobriété et d’efficacité énergétique !

Il faut en revanche imposer, sous le contrôle des travailleurs des sociétés concernés comme des associations et des riverains, des mesures contraignantes en termes de sécurité des installations et de normes anti-pollution. Les lois et les normes ne suffiront pas en effet à changer profondément les mécanismes d’une économie dont le profit maximal et à court terme est le seul moteur. Un moteur en définitive qui est le plus polluant qui existe, car il corrompt toutes les activités humaines.

En prenant sur les profits des grandes industries et des banques comme dans la fortune accumulée de leurs actionnaires, il sera possible d’imposer une certaine « sobriété » à toute une classe. Et ce serait la seule mesure de salubrité publique véritablement efficace. »

d) Soutiendrez-vous des mesures visant à limiter l’impact socio-environnemental et climatique des carburants importés et consommés dans l’Union européenne (sables bitumeux, GNL, agrocarburants tels que l’huile de palme…) ? Si oui, lesquelles ?

« Je suis bien sûr favorable à des mesures visant à limiter l’impact socio-environnemental et climatique des carburants, comme à toute mesure contraignante sur les industriels pour mettre au point des techniques ou des motorisations moins polluante. Mais il n’est qu’à voir les révélations du « diesel gate », du moins ce que les industriels et les médias ont bien voulu dévoiler, pour se rendre compte du peu de confiance que l’on peut faire aux industriels. Sur ce point également, le contrôle et la transparence devront être imposés !

Pourquoi en revanche ajouter l’adjectif « importés » ? Je ne défends en effet pas davantage les agrocarburants français ou issus de l’agriculture de l’Union européenne qui sont tout autant un non-sens énergétique, écologique et humain. Pourquoi subventionner ici des grandes exploitations agricoles consacrant leurs terres à nourrir… des réservoirs plutôt que l’humanité ? Pour que les pétroliers nous expliquent que leur pétrole est « vert » ? Pour enrichir davantage les plus grands exploitants de France ou d’Europe ?

Il n’y a malheureusement à ce jour aucune source d’énergie qui satisfasse pleinement les préoccupations à la fois de rendement, de sûreté pour les producteurs comme pour les utilisateurs et en terme de respect de l’environnement. Mais bien des choix qui s’offrent à nous aujourd’hui sont en réalité biaisés par le fonctionnement même de cette économie capitaliste et l’état de la recherche qu’elle détermine dans une grande mesure. »

a) Souhaitez-vous que l’Union européenne impose des normes ambitieuses de réparabilité, de réincorporation des matériaux recyclés et d’approvisionnement responsables sur les produits et logiciels ?

« Je ne peux qu’être favorable à de telles normes dans ce domaine comme dans bien d’autres. Mais à condition qu’elles soient soumises au contrôle les travailleurs dans leur élaboration et dans le contrôle de leur application. Et à condition que la transparence la plus grande s’impose, c’est-à-dire en levant le secret commercial, industriel et financier qui l’interdisent aujourd’hui. »

b) Êtes-vous en faveur de l’adoption d’objectifs de réduction (absolue) de la production et de l’importation d’objets du quotidien (textile, électronique, etc.), en particulier de produits particulièrement polluants ?

« Je suis bien sûr favorable à l’interdiction en France comme ailleurs de tout produit « particulièrement polluant ». Combien de morts auraient pu être empêchés si les industriels n’avaient pas sciemment continué à utiliser l’amiante durant des décennies ? Et combien liés à l’usage d’un additif au plomb dans l’essence ? Dans les deux cas, d’ailleurs le scandale continue à l’échelle mondiale, car les mêmes industriels continuent d’utiliser ces poisons reconnus là où aucune norme dans ce sens ne vient les y contraindre. Autant dire que ce n’est pas à ces criminels que je fais confiance pour décider de ce qui est polluant et dans quelle mesure ! Rien que le définir nécessite de recourir à des laboratoires indépendants et d’avoir accès aux secrets des industriels ou des laboratoires et d’empiéter par conséquent sur le sacro-saint droit de propriété qui rend aujourd’hui un tel contrôle impossible. Comme dans l’exemple du « diesel gate » ou de la viande de cheval vendue pour du bœuf, les responsables ne sont pas à rechercher bien loin. Ils sont ici même en France ou à l’intérieur de l’Union européenne. Et ce n’est pas aux travailleurs de subir les conséquences de mesures qui pourraient être imposés à ces industriels, notamment en termes de hausse des prix. Cela ne doit se faire qu’en rognent la marge des grands capitalistes. La seule décroissance qui est à l’ordre du jour est en effet celle des profits et des grandes fortunes accumulées. »

a) Quelles propositions souhaitez-vous porter au Parlement Européen pour inciter les entreprises à être plus responsables, en particulier sur leur impact environnemental ?

« Aucune. J’entends par là que je ne pense pas qu’elles puissent être « responsables » dans ce domaine comme dans d’autres. Les capitalistes sont par nature des irresponsables : c’est inscrit dans les mécanismes même du capitalisme. S’il fallait évoquer une mesure, ce serait de nouveau rendre possible et effectif le contrôle par les travailleurs des activités de ces entreprises. Contrôle de la recherche, des processus de production, d’achat, de vente et des comptes. Car, sans cela, et donc sans la plus grande transparence, rien n’est possible pour les contraindre à appliquer des normes protégeant véritablement l’environnement. »

b) Souhaitez-vous porter l’adoption au niveau européen d’une norme contraignante sur le respect des droits humains et de l’environnement par les multinationales tout au long de leur chaîne de valeur (filiales, sous-traitants, fournisseurs) ? Soutenez-vous le projet de traité sur les multinationales et les droits humains actuellement négocié à l’ONU ?

« La réponse à la question précédente vaut pour cette question également d’autant plus que son périmètre est celui de l’économie capitaliste tout entière. Quant aux traités et textes discutés à l’ONU, toute l’histoire de cette organisation depuis sa création prouve son inutilité. Elle demeure pour nous, selon l’expression de Lénine à propos de sa devancière, la SDN, « une assemblée de brigands ». Ceux-ci peuvent convenir, comme les mafieux, de règles et de procédures. Mais ce sont les rapports de force qui décident. Que valent les textes de l’ONU sur les droits de l’Homme, des enfants, des femmes, des travailleurs quand on observe le monde actuel ? Ces textes n’engagent comme leurs promesses que ceux qui veulent bien y croire tandis que le chaos et la barbarie gagnent du terrain. Hypocrisie et cynisme des dirigeants s’y confondent. Notre combat est sur le terrain décisif, celui qui oppose les travailleurs du monde entier à leurs exploiteurs. Contre les multinationales et leurs agissements, comme l’avait déjà écrit Marx il y a plus de 150 ans, les prolétaires de tous les pays devront s’unir car ils ont les mêmes intérêts. »

c) Pensez-vous que les accords de libre-échange et les tribunaux d’arbitrages (mécanisme de résolution des différends Investisseurs-Etats prévu dans les accords de libre-échange) soient bénéfiques à l’environnement ?

« Tout cela est de la poudre aux yeux ou un écran de fumée, un leurre. Aucun de ces textes n’agira sur les mécanismes fondamentaux de l’économie capitaliste ni n’arrachera une parcelle de pouvoir aux grandes entreprises comme aux banques. Ils ne pourront donc avoir aucun effet sur les conséquences environnementales de cet ordre social. Mais je ne promeus pas davantage le retour au protectionnisme ou au souverainisme des États qui représentent un non-sens au vu de la base même de l’économie moderne et une impasse politique réactionnaire, fussent-ils revendiqués au nom de la protection de l’environnement. La seule protection durable et efficace sera de nous débarrasser du capitalisme lui-même. »

a) Quelles sont d’après vous les solutions les plus efficaces pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre au niveau européen (classez de 1 : meilleure solution, à 5 : pire solution) ?
0 Normes et réglementation
0 Taxes
0 Marchés de droits à polluer
0 Subventions et investissement public
0 Incitations aux changements des habitudes des particuliers et entreprises
b) Précisez pourquoi. « Je me refuse à choisir entre ces différentes mesures. Je reviens en effet à mon idée centrale qu’aucune solution ne sera véritablement opérante sans le contrôle actif des travailleurs des entreprises concernées, comme celui des associations et des riverains. Rien ne sera possible sans remettre en cause le pouvoir absolu du grand capital, c’est-à-dire sans la levée du secret commercial, financier et industriel. » c) Quelles sont vos propositions concernant les subventions publiques aux énergies fossiles et leur fiscalité ? « Je combats toute subvention publique aux industriels et ce quel que soit leur domaine d’activité ou leur prétendu respect des normes environnementales. Je suis favorable en revanche à de lourdes sanctions financières, voire à l’expropriation des groupes capitalistes qui refuseraient de se plier au contrôle des travailleurs, à certaines normes ou qui se rendraient coupables de graves atteintes à l’environnement comme à la vie de leurs salariés. » d) Quelle est votre position concernant le Pacte Finance-Climat dont le but est de créer une banque européenne du climat et de la biodiversité ainsi qu’un fonds européen climat et biodiversité ? « Il s’agit là encore d’une tentative de laver plus blanc que blanc. Plus vert devrais-je dire, tant le « green washing » semble à la mode. Une telle banque servira là encore aux capitalistes pour financer des investissements qu’ils ne veulent pas financer eux-mêmes au nom de l’écologie ou du respect de l’environnement. C’est non seulement à combattre, car l’argent public n’a pas à financer les capitalistes, mais vain. Prétendre verdir les industries par la finance c’est demander du lait à un bouc. Il faut préserver la biodiversité… en la préservant de la loi du profit et des financiers, c’est-à-dire en confiant cette charge à la collectivité, aux spécialistes et aux chercheurs du public sous le contrôle de la population. »

a) Souhaitez-vous limiter l’influence des lobbys sur les institutions européennes ? Si oui, quelles mesures proposez-vous ?

« Le terme de lobbies sert bien souvent à masquer le fait que les élus et gouvernant sont les exécuteurs des volontés des grands groupes capitalistes. Pour les marxistes que nous sommes, le gouvernement lui-même n’est, selon le mot d’Engels, que le « conseil d’administration de la bourgeoisie ». Je combats bien évidemment les uns et les autres. Ou plus exactement, ceux qui désignent les lobbies en oubliant les grands groupes dont ils sont les représentants ne vont pas à l’essentiel. Chez certains, cet oubli est tout à fait volontaire. Et c’est souvent une façon de promouvoir le « capitalisme de papa » ou de grand papa, de prétendre que « c’était mieux avant ». Que cela ait été moins visible à certains périodes, c’est un fait. Car aujourd’hui, ces groupes de pression ont pignon sur rue, ils ont une raison sociale, des cartes de visite. Mais ces liens sont aussi anciens que le capitalisme et ils ne se limitent pas aux couloirs des institutions européennes. Le prétendre, c’est mentir et c’est désigner ces institutions européennes, qui ne sont en fait que le cadre d’un affrontement entre les principaux États de l’UE, comme les seules ennemis à combattre. Les capitalistes ont en réalité mille liens avec leur appareil d’État respectif et aucune loi n’y pourra rien changer. Seule une révolution sociale y mettra un terme. « 

b) Êtes-vous favorable à un renforcement des dispositions en matière de contrôle et limitation des conflits d’intérêts et de lutte contre le « pantouflage » (afin d’empêcher les décideurs publics d’être influencés par la perspective de poursuivre leur carrière dans le secteur privé après la fin de leur mandat) ?

« Je ne m’opposerais pas à des mesures limitant un tant soit peu ces allers retours entre le public et le privé. Mais sans aucune illusion, car, comme je l’indique dans ma réponse précédente, les différentes bourgeoisies disposent d’appareils d’État qui sont de longue date tout entiers à leur service. La domination de la classe bourgeoisie sur la société va bien au-delà de tel ou tel intérêt personnel, ou de telle ou telle opération de pantouflage. Toute l’organisation sociale est faite pour défendre ses intérêts.  Et il n’y a pas besoin de liens directs, personnels pour qu’un juge, un haut fonctionnaire, ou un général agissent dans le sens des intérêts de la bourgeoisie, car ils en sont issus et en partage les valeurs. Le « conflit d’intérêt » fondamental, de classe en réalité, est celui entre cette classe parasite qui accumule pouvoirs et richesses et les exploités, les travailleurs, ceux qui sont à l’origine de toutes les richesses de la société. »